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Le compostage à la maison : guide pratique

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Le compostage à la maison : guide pratique

Composter ses déchets organiques est un geste écologique simple qui réduit vos poubelles de 30% tout en produisant un fertilisant naturel gratuit pour votre jardin. Que vous ayez un grand jardin ou simplement un balcon, des solutions existent. Voici tout ce qu’il faut savoir pour réussir son compost.

Pourquoi composter ?

Chaque année, un foyer produit environ 200 kg de déchets organiques compostables. Les jeter revient à gaspiller une ressource précieuse et à surcharger inutilement les déchetteries.

Le compost améliore la structure du sol, nourrit les plantes progressivement et favorise la vie microbienne. C’est l’engrais le plus complet et le plus équilibré qui existe. Gratuit et écologique, il remplace avantageusement les engrais chimiques.

Au-delà de l’aspect pratique, composter vous reconnecte au cycle naturel de la matière. C’est comprendre que rien ne se perd, tout se transforme.

Choisir son système de compostage

Plusieurs solutions s’offrent à vous selon votre habitat et vos contraintes.

Le composteur de jardin

Pour ceux qui ont un jardin, le composteur en bois ou en plastique est la solution classique. Comptez minimum 300 litres pour une famille de 4 personnes. Idéalement, installez-en deux : un en cours de remplissage, un en maturation.

Placez votre composteur sur de la terre nue, à l’ombre ou mi-ombre, à proximité de la cuisine mais pas contre le mur de la maison. Le contact avec le sol permet aux vers et micro-organismes de coloniser naturellement le tas.

Le composteur rotatif

Le composteur rotatif accélère le processus. En le tournant régulièrement, vous aérez le compost qui se décompose plus vite. Pratique pour les petits jardins, il est un peu plus cher mais produit du compost utilisable en 6-8 semaines.

Le lombricomposteur d’appartement

En appartement, le lombricomposteur est parfait. Des vers spéciaux (eisenia) transforment vos épluchures en compost de qualité. Compact et sans odeur s’il est bien géré, il trouve sa place dans une cuisine, sur un balcon ou dans une cave.

Le compost en tas

Si vous avez de la place, le simple tas au fond du jardin fonctionne très bien. Délimitez un carré d’environ 1 m³ avec des planches ou un grillage. C’est la méthode la plus économique et elle permet de composter de gros volumes.

Ce qui se composte

Les déchets de cuisine (verts - azote)

À composter sans hésiter :

  • Épluchures de fruits et légumes
  • Coquilles d’œufs broyées
  • Marc de café avec le filtre
  • Sachets de thé
  • Restes de repas végétaux
  • Pain rassis émietté
  • Fruits et légumes abîmés

À éviter :

  • Viande et poisson (attirent les nuisibles)
  • Produits laitiers
  • Huiles et graisses
  • Agrumes en grande quantité (trop acides)

Les déchets de jardin (bruns - carbone)

Excellents pour le compost :

  • Feuilles mortes
  • Tontes de gazon (en couches fines)
  • Petites branches broyées
  • Fleurs fanées
  • Paille et foin
  • Sciure de bois non traité

À composter avec modération :

  • Tailles de haies (broyées)
  • Mauvaises herbes non montées en graines
  • Plantes malades (à éviter si compost froid)

Les déchets ménagers (bruns)

  • Cartons bruns découpés (sans scotch ni encre)
  • Papier journal
  • Mouchoirs et essuie-tout
  • Cendres de bois (en petite quantité)
  • Sciure et copeaux

L’équilibre vert/brun, la clé du succès

Un bon compost nécessite un équilibre entre déchets verts (humides, riches en azote) et déchets bruns (secs, riches en carbone). Le ratio idéal est environ 1/3 de vert pour 2/3 de brun.

Trop de vert : le compost devient compact, humide et malodorant. Ajoutez du carton, des feuilles mortes ou de la paille.

Trop de brun : le compost reste sec et se décompose très lentement. Ajoutez des épluchures fraîches ou de la tonte de gazon.

Les 4 ingrédients essentiels

Air : Les micro-organismes ont besoin d’oxygène. Brassez votre compost tous les 15 jours avec une fourche ou une tige aératrice.

Humidité : Le compost doit être humide comme une éponge essorée. Trop sec, arrosez légèrement. Trop humide, ajoutez du carton.

Chaleur : La décomposition produit de la chaleur. Un compost qui monte à 60-70°C au centre se décompose rapidement et tue les graines de mauvaises herbes.

Micro-organismes : Bactéries, champignons et vers font le travail. Le contact avec la terre et l’air ambiant suffit à les amener naturellement.

La gestion au quotidien

Dans la cuisine

Gardez un petit seau hermétique (3-5 litres) dans la cuisine. Videz-le tous les 2-3 jours dans le composteur. Certains seaux ont un filtre à charbon qui évite les odeurs.

Coupez les gros morceaux pour accélérer la décomposition. Une pomme de terre entière mettra des mois à se décomposer, coupée en morceaux quelques semaines.

Dans le composteur

Alternez les couches : déchets verts, déchets bruns, déchets verts, etc. Ne mettez jamais une grosse quantité d’un seul type de déchet d’un coup.

Brassez régulièrement : toutes les 2-3 semaines, mélangez les couches supérieures. L’oxygénation accélère considérablement le processus.

Surveillez l’humidité : pressez une poignée de compost. Si de l’eau perle, c’est parfait. Si c’est sec, arrosez. Si ça dégouline, ajoutez du carton.

Résoudre les problèmes courants

Le compost sent mauvais

Cause : trop humide et/ou pas assez aéré. Solution : brassez énergiquement et ajoutez beaucoup de matières brunes (carton, feuilles mortes). Arrêtez d’arroser.

Des moucherons pullulent

Cause : trop de déchets frais en surface. Solution : recouvrez systématiquement chaque apport de déchets verts avec des feuilles mortes ou du carton. Les moucherons disparaîtront.

Ça ne se décompose pas

Cause : trop sec ou trop de matières brunes. Solution : ajoutez des déchets verts frais et arrosez légèrement. Brassez pour réactiver le processus.

Des rongeurs fouillent le compost

Cause : présence de viande, poisson ou déchets gras. Solution : n’y mettez jamais ces déchets. Installez un grillage fin au fond et optez pour un composteur fermé.

Quand est-il prêt ?

Un compost mature met 6 à 12 mois selon la méthode et la saison. Le compost est prêt quand il est noir, grumeleux, avec une agréable odeur de terre de forêt. Les déchets d’origine ne sont plus reconnaissables.

Prélevez toujours par le bas du composteur où le compost est le plus mûr. Le haut continue de se décomposer.

Vous pouvez utiliser du compost semi-mûr (4-6 mois) comme paillage au pied des arbustes. Il continuera de se décomposer sur place en nourrissant le sol.

Utiliser son compost

Au potager

Incorporez 3 à 5 litres par m² avant les plantations. Le compost améliore la structure du sol et nourrit progressivement vos légumes. Un apport annuel suffit largement.

Aux massifs et arbustes

Épandez une couche de 2-3 cm au pied de vos plantes au printemps. Griffez légèrement pour l’incorporer superficiellement.

Pour les plantes en pots

Mélangez 1/3 de compost avec 2/3 de terreau. Le compost pur est trop riche pour les contenants.

Pour le gazon

Tamisez le compost et répandez-le finement après une scarification. Comptez 1 à 2 litres par m². Les vers l’incorporeront naturellement.

Le compostage de surface

Alternative au composteur, le compostage de surface consiste à étaler directement les déchets sur le sol du potager puis à les recouvrir d’un paillage.

Cette technique fonctionne très bien entre les rangs de légumes. Les déchets se décomposent sur place, nourissant directement le sol sans manipulation. Pratique et efficace !

Pour aller plus loin

Une fois votre compost maîtrisé, vous pouvez expérimenter le purin de compost. Laissez macérer du compost dans l’eau pendant une semaine, filtrez et diluez (1/10). Cet engrais liquide est parfait pour les plantes en pots.

Certains se lancent aussi dans la lactofermentation des déchets ou le compost Bokashi, des techniques qui permettent de composter même viande et produits laitiers en fermentation anaérobie.

Conclusion

Composter n’a rien de compliqué. C’est même étonnamment simple une fois qu’on a compris les quelques principes de base : équilibre vert/brun, humidité et aération.

Commencez tranquillement. Observez, ajustez, et rapidement le geste deviendra automatique. Vous ne verrez plus vos déchets de la même façon : ce ne sont plus des rebuts mais la matière première d’un sol vivant et fertile.

Et quelle satisfaction de nourrir ses tomates avec le compost fait de ses propres épluchures ! C’est le cycle parfait, celui que la nature pratique depuis des millions d’années.

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